Dans le premier arrondissement marseillais, le quartier Noailles, depuis quelques années et pour la première fois, est l'objet d'un processus de réhabilitation urbaine. Ici, les habitants et les usagers de ce quartier prennent la parole non pas seulement pour décrire ce territoire, travailler la complexité de son espace public mais aussi pour le simple plaisir des mots et du tracé : décrire en prononçant, en laissant sa marque sur du papier, décrire en illustrant. Se souvenir, imaginer... C’est donc en utilisant des supports variés que les personnes qui vivent ou traversent Noailles construisent un objet qui, grâce à leur propre expression, à leur juxtaposition, peut prétendre être culturel, mais aussi participer à un diagnostic sur l’état des espaces collectifs de ce petit périmètre urbain.
Rêver les rues et les places de leur quartier, en relever les potentiels, les difficultés, en dresser une petite ethnographie…c’est l’exercice auquel invitent les ateliers d’expression et de petite ethnographie réalisés grâce au soutien du Conseil Régional, du Conseil général et du CUCS, ateliers que vous pouvez rejoindre, ne serait-ce que par vos commentaires.
Je m’installe pour la première fois sur une terrasse d’un café et je trouve que ce n’est pas mal. Ça change d’autres endroits luxueux.
La première constatation : ces voitures qui sont au milieu et qui prennent toute la place ; les façades d’immeubles qui ont besoin d’être rénovés pour donner plus d’éclairage à la place.
À côté de moi, un groupe d’hommes parle de crise financière.
Plus loin, j’entends une femme qui est au téléphone. Elle parle vulgairement à voix haute, sans respect pour les autres personnes autour. Il y en a même qui sont partis. Assise avec elle, une autre femme mange son sandwich.
En face, d’autres personnes font leurs courses.
Il y a des pigeons qui volent.
Ce serait comment s’il y avait des femmes avec leurs enfants ?
Les gens parlent trop fort, en particulier les hommes parce qu’ils sont le plus présents.
Les femmes sont en général de passage, et s’arrêtent juste pour faire les courses. On en voit de races différentes, vu qu’il y a des marchandises qui viennent de différents pays.
Les femmes, on ne les voit que d’un seul côté de la place : le côté des marchands !
Une femme avec son petit en train d’arranger ses sachets de courses. Elle vient de donner un sachet à son petit, elle est prête à partir.
Une autre vient de loin et s’arrête chez un marchand.
Trois jeunes filles passent. Une avec une sucette à la bouche et une casquette. C’est vraiment un passage, elles ne sont pas là pour s’arrêter.
Une autre regarde la marchandise, les prix. Finalement, elle est partie sans rien acheter.
La femme avec l’enfant est toujours là. Elle doit attendre quelqu’un, sans doute son mari.
Une femme passe avec une petite fille dans une poussette, elle est habillée en rose.
Une femme africaine avec un beau costume traditionnel plein de couleurs qui attirent – bleu foncé, rouge - et son turban qui va avec. C’est beau, bien porté. Elle a choisi sa marchandise et la fait peser par le marchand.
Cette place est un endroit simple. Ce n’est pas snob et on se sent plus à l’aise que dans un endroit chic. Mais j’ai entendu cette fille parler bizarrement et j’aurais préféré ne pas y être. Depuis, c’est redevenu calme. S’il y avait plus de femmes, les gens feraient plus attention à ce qu’ils disent.
Réalisé avec Destination Familles dans le cadre d'un atelier : "Femmes et espaces publics à Noailles"