Anne-Marie, habitante du quartier Prefecture
Noailles, avec son marché, fait partie des besoins de la ville. C’est un très vieux marché mais je ne l’ai pas vu tellement se transformer. Il y a toujours eu des marchands de fruits et de légumes avec en même temps une pharmacie, une pizzeria, les bars où on peut prendre un café, un verre de thé... Puisque je vais à la Pharmacie, à la laverie ou à la quincaillerie Empereur au bas de la rue d’Aubagne j’y passe assez souvent et je la traverse volontiers. Au lieu de couper par la rue de Rome je passe par cette place pour faire des petits achats, des serviettes de table, des gants de toilettes si j’ai besoin, des espadrilles. Et les prix évidemment sont assez intéressants. Une serviette de table ou de toilette, c’est le double, dans les grands magasins. Alors je m’arrête là puisqu’il y a les commerçants qui maintenant me connaissent. Je m’arrête. Je parle. Et les commerçants qui vendent à l’extérieur me disent « bonjour », même si je n’achète pas. Ils me reconnaissent. Dans les grands magasins on n’a pas les contacts qu’on peut avoir sur cette place. Dans cette population mélangée des Halles Delacroix, il y a des échanges, des sourires, un mot. C’est très vivant, même si ce n’est pas très vaste, même si ce n’est pas très grand.
Bien sûr on peut améliorer la propreté… Mais si on aménage la place, elle va changer. Elle va devenir sophistiquée. Elle n’aura plus cet aspect vivant. Il
faudrait bien sûr surveiller la saleté, mais un marché reste un marché et on ne peut pas demander que les Halles Delacroix ressemble aux Champs-Élysées. On peut améliorer la propreté, on peut
réfléchir à une autre présentation des denrées, on peut arranger les bars, planter des arbres, mais il y a un seuil à ne pas dépasser. Pour ne pas que cette vie meurt. Cet aspect bric à brac qui
fait son originalité et sa saveur. Sur cette place, on a l’impression qu’il n’y a pas la recherche du rapport, du profit à tout prix. Sur cette place, c’est la vente, tout simplement. Alors il y
a des mots, comme « aménager », « réhabiliter » qui me font peur. Si on enlève cet aspect de vente immédiate au public, la place aura un air de centre commercial. Il y en a
assez à Marseille. Le plaisir, c’est d’aller acheter une paire de chaussettes ou un soutien-gorge à deux ou trois euros. À 17 euros 50, le prix le moins cher aux Galeries Lafayette, je ne peux
pas le prendre. Alors où j’irais ? Où irait acheter cette population qui vient aux Halles Delacroix si on l’aménage ?
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