Mercredi 27 février 2008

Anne-Marie, habitante du quartier Prefecture

 

Noailles, avec son marché, fait partie des besoins de la ville. C’est un très vieux marché mais je ne l’ai pas vu tellement se transformer. Il y a toujours eu des marchands de fruits et de légumes avec en même temps une pharmacie, une pizzeria, les bars où on peut prendre un café, un verre de thé... Puisque je vais à la Pharmacie, à la laverie ou à la quincaillerie Empereur au bas de la rue d’Aubagne j’y passe assez souvent et je la traverse volontiers. Au lieu de couper par la rue de Rome je passe par cette place pour faire des petits achats, des serviettes de table, des gants de toilettes si j’ai besoin, des espadrilles. Et les prix évidemment sont assez intéressants. Une serviette de table ou de toilette, c’est le double, dans les grands magasins. Alors je m’arrête là puisqu’il y a les commerçants qui maintenant me connaissent. Je m’arrête. Je parle. Et les commerçants qui vendent à l’extérieur me disent « bonjour », même si je n’achète pas. Ils me reconnaissent. Dans les grands magasins on n’a pas les contacts qu’on peut avoir sur cette place. Dans cette population mélangée des Halles Delacroix, il y a des échanges, des sourires, un mot. C’est très vivant, même si ce n’est pas très vaste, même si ce n’est pas très grand.

 

Bien sûr on peut améliorer la propreté… Mais si on aménage la place, elle va changer. Elle va devenir sophistiquée. Elle n’aura plus cet aspect vivant. Il faudrait bien sûr surveiller la saleté, mais un marché reste un marché et on ne peut pas demander que les Halles Delacroix ressemble aux Champs-Élysées. On peut améliorer la propreté, on peut réfléchir à une autre présentation des denrées, on peut arranger les bars, planter des arbres, mais il y a un seuil à ne pas dépasser. Pour ne pas que cette vie meurt. Cet aspect bric à brac qui fait son originalité et sa saveur. Sur cette place, on a l’impression qu’il n’y a pas la recherche du rapport, du profit à tout prix. Sur cette place, c’est la vente, tout simplement. Alors il y a des mots, comme « aménager », « réhabiliter » qui me font peur. Si on enlève cet aspect de vente immédiate au public, la place aura un air de centre commercial. Il y en a assez à Marseille. Le plaisir, c’est d’aller acheter une paire de chaussettes ou un soutien-gorge à deux ou trois euros. À 17 euros 50, le prix le moins cher aux Galeries Lafayette, je ne peux pas le prendre. Alors où j’irais ? Où irait acheter cette population qui vient aux Halles Delacroix si on l’aménage ? 

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Par Marie Sengel /Transverscité - Publié dans : Les gens en rêvent...
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Mardi 26 février 2008
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Par Marie Sengel/ Transverscité - Publié dans : Les gens en rêvent...
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Mardi 26 février 2008

Antonia, habitante de la Plaine

 

L’aménagement d’un espace c’est important, mais réellement, ce qui est important pour moi c’est au niveau de la praticité, de la propreté, de la sécurité, toutes les choses qui, quand on a un enfant, deviennent prioritaires. Il y a des places où, avant d’avoir l’enfant, je trouvais énormément d’inspiration, plutôt vers le Panier, ce dédale de ruelles qui malgré les rénovations gardent toujours cet esprit de gens en chaussons… Mais à ce jour je vais dans des endroits qui sont super pour la petite mais dans un environnement qui n’est pas très inspirant pour moi… Il me faudrait un petit coin de nature, pas trop bruyant, avec pas trop de voitures, pas trop de pollution sonore… On va souvent sur la place Jean Jaurès où l’enfant s’épanouit mais que moi je déteste. C’est un rond-point avec des voitures tout autour. Si c’est pour moi, on va vers la mer, vers l’esplanade du Fort Saint Jean, pour voir, sentir la mer, les bateaux. Même à la nuit tombante, c’est un endroit magique. Mais ce que, au quotidien, on fait pour l’enfant, je ne trouve pas que ce soit très agréable. Ça reste très ouvert aux voitures. Moi je n’ai pas de voiture et je n’aime pas la voiture et les bruits qui lui sont liés.

 
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Noailles justement est à proximité des gros boulevards qui ne sont pas ressourçant : le Cours Lieutaud, la rue de Rome… Pour moi ce quartier est stressant. Dans le cœur de Noailles c’est vrai qu’on est immergés dans plein de choses, c’est différent, mais on entend quand même toujours les klaxons, les travaux… On va quand même faire le marché à Noailles pour les fruits et légumes et je passe toujours sur la place Halles Delacroix pour regarder : il y a souvent des marchands de draps, des choses comme ça. On regarde les p’tites affaires. Mais on ne s’arrête pas. Ce n’est pas un lieu où on irait boire un thé. C’est extrêmement sale aussi. Quand on a un enfant au ras du sol c’est stressant. Il faudrait peut-être une petite fontaine, un endroit où se poser, parce que sur cette place, à part aller d’un marchand à un autre, qu’est-ce qu’on peut y faire ? Pour moi c’est un endroit bruyant, tout simplement. J’ai un peu habité Belsunce et ça doit être pareil ; les rideaux de fer qui vous réveillent le matin et le soir, les disputes nocturnes… Mais dès qu’il y a une fontaine, sauf si elle sent le chlore à plein nez, on s’arrête, on peut se poser sur le bord, regarder l’eau qui scintille. Ça c’est des petits moments, le genre de petits moments où on se pose. Sur la place du marché elle-même, la place des Capucins, par contre je m’arrête parfois boire un thé. Parce que là on est dans le typique, au milieu des fruits et légumes. On est aux pieds du marché. Là, c’est autre chose. Et puis c’est un quartier où les gens aiment les enfants. Il y a beaucoup de sourires et ça fait du bien.

Par Marie Sengel/Transverscité - Publié dans : Les gens en rêvent...
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Mardi 26 février 2008
Anne-Lyse, habitante du Panier


Je vais peu sur la place Halles Delacroix mais à chaque fois que j’y passe il y a des choses percutantes qui arrivent. La première fois, c’était pendant le festival du soleil, j’étais en chuchoteur et je racontais des histoires à des enfants, à des adultes, au travers d’un tube. C’était plutôt en mouvement. Une autre fois, c’était un repas de quartier. Il y avait un rappeur qui était assis et qui chantait des chansons de rap, qui invitait les autres à danser. C’est des petits moments comme des hasards. Mais ce n’est pas une place sur laquelle je vis. C’est le passage. Ou pour acheter des spécialités Thaïlandaises. Parce qu’il y a pas mal d’activités. Elle est vivante. C’est les gens aussi. C’est en lien avec le quartier Noailles : j’aime bien y passer, pour sentir les couleurs, pour sentir les fruits, les ambiances, voir les morceaux de boubous, les fruits, tout ce qui passe. Et cette place c’est la fin de mon parcours, c’est elle qui me relie au Vieux-Port et à chez moi. C’est un passage dans une ambiance riche en sons, en odeurs que je n’arrive pas à décrire avec des mots… Je regrette de quitter Noailles donc je passe une dernière fois par la place Halles Delacroix, je vois le Vieux-Port, et c’est bientôt presque chez moi. C’est bientôt un autre monde, mais il y a encore ça d’exotique, qui me permet d’aller dans d’autres pays, de voire d’autres cultures toutes réunies là, d’une manière serrée. J’ai l’impression que les gens sont serrés là-dedans et qu’on y est bien. Ce n’est pas une place où je vais pour m’arrêter mais c’est vrai que j’aime bien voir la vie qui défile dans ce quartier.

 

Je pense que la place est assez accueillante, d’une certaine façon, pour qu’on puisse s’y arrêter. Je ne sais pas pourquoi je ne le fais pas plus souvent. Telle que je la vois, j’ai l’impression qu’elle est bien : il y a la vie qui s’y déroule, il y a les différentes cultures, il y a les gens, il y a l’espace au milieu. Je crois qu’il est saturé, mais pas dans un sens négatif. Je sais que des fois il y a des gens qui vendent des choses, qui déballent, qui avaient une occupation… Après on peut tout imaginer. On peut dire « ce serait bien qu’il y ait des arbres et tout » mais… Les habitants et les commerçants se la sont appropriés. Il y a une place pour eux. Peut-être que s’il y a un aménagement architectural ou autre, ça pourrait détruire cette vie qui existe. Je ne la connais pas trop cette vie, je m’en suis un peu émerveillée et j’ai regardé ce qui s’y passait et… j’aurais l’impression de faire une intrusion en disant « on peut mettre ça »… Il faudrait que j’y sois et que j’y vive. Sans être habitante, sans y vivre, sans comprendre ce qui s’y passe aux différentes heures de la journée, je ne m’en sens pas capable, je n’en ai pas envie…

Par Marie Sengel/Transverscité - Publié dans : Les gens en rêvent...
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Jeudi 21 février 2008
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Par Transverscité - Publié dans : Les gens y voient...
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