Moi je n’étais pas restaurateur de métier. J’étais routier. Et j’ai changé. J’étais au chômage, RMI, et j’ai voulu m’installer à mon compte. Alors, comme je connais la cuisine et que ma femme sait faire aussi, on a essayé de faire un snack à deux. Là, on va sur la deuxième année, et ça marche : on a une clientèle assez régulière. Il faut essayer, il faut tenter, c’est tout. Mais au départ c’était dur, parce que les aides de l’Etat, je n’en ai pas vu la couleur. Ils te demandent des trucs que t’es pas capable de fournir. Ils te promettent la lune, « la lune », mais en fin de compte, on ne voit même pas le quart de la lune. J’ai fait des dossiers mais « faut pas faire ci », « faut pas faire ça », « mais pourquoi tu as fait ça », et il faut attendre. Et entre temps, si tu as quelque chose en vu, par exemple si tu l’opportunité d’un local, il faut continuer d’attendre que le dossier soit prêt, mais quand il est prêt, le local est parti… Alors tu n’as plus rien. Si bien que quand j’ai trouvé ce local je me suis lancé et mon dossier est tombé à l’eau, puisque je m’étais inscrit au registre du commerce, puisque j’avais pris le local et parce que ci et parce que ça. Je leur ai dit « je laisse tomber, je vais me débrouiller seul ». Ils ont continué : « Tu joues avec l’argent de tes gosses ! Il ne faut pas faire ci, il ne faut pas faire ça, après tes enfants… ». C’est vrai que je jonglais avec les allocations mais ils dramatisent les choses, ils te découragent, mais j’ai quand même un peu d’expérience et je sais quand même ce que je fais. Sinon ils te demandent « qu’est ce que tu as de côté ? » ; « combien d’argent tu as de côté ? ». « Ha ! C’est pas sûr qu’il va passer ton dossier ». Pourtant ils savent bien si le dossier passe ou non, mais ils te font quand même attendre. Bref, moi j’ai vendu ma voiture et on a pris un commerce, ici, sur la placette, pour essayer d’améliorer la vie. On s’en sort raisonnablement. Je n’ai pas de superflu, c’est juste, juste, mais ça me permet de nourrir mes enfants et de payer mes charges. Sans plus. C'est-à-dire que je n’ai pas d’argent de côté. C’est juste pour vivre, pour ne pas demander la charité, pour me sortir du RMI, pour ne plus mendier les allocations, pour tenir la tête un peu haute.
Ce travail m’a apporté beaucoup de choses : connaître la clientèle, le savoir faire… Tout le monde me demandent pourquoi je ne prends pas un local plus grand, parce que c’est tout petit ici,
mais ils sont contents de mon travail, ils sont contents de mon service. Mais je suis presque bientôt à la retraite, alors, si je fais quelque chose après, ce sera léger, parce que, vu mon âge,
c’est vraiment dur. Il faut suivre, il faut… La clientèle est vraiment dur. Parfois, des clients partent sans payer. Ça m’est arrivé une fois avec une famille complète : les enfants, le mari
et la femme. Ils ont mangé, ils ont consommé et ils se sont tirés un à un, pour que ça ne se remarque pas, jusqu’au dernier, sans payer. Ou alors certains clients sont trop exigeants. Il faut
être toujours à leur service. Enfin, la clientèle nord africaine. Ces gens-là ont du mal à dépenser leur argent, parce que la vie est tellement chère. Nous on fait des prix très bas, mais ils
n’ont quand même pas les moyens. Et c’est difficile de travailler avec ceux qui n’ont pas d’argent. Des fois, pour trois euros, ils doivent faire un crédit et pour trois thés ils doivent attendre
quinze jours pour pouvoir régler. Alors parfois, quand le client te donne un euro, on dirait qu’il te fait un plaisir. Pour un euro, pour le plaisir qu’il te fait de te donner un euro, il demande
beaucoup plus : fais moi ci, amène moi ci, amène moi ça ! Il te fait marcher plusieurs fois pour un euro. Alors je suis fier parce que je travaille, je ne suis pas à demander la
charité, je bosse honnêtement pour gagner ma vie, mais pour cette fierté je dois être à la merci de la clientèle. Pour vous dire exactement, le travail de snack, c’est presque un travail
d’esclavage. On est presque esclave de nous-même, parce qu’on bosse, on bosse, on bosse, on bosse, on n’a le temps de ne rien faire. On n’a même pas le temps d’aller se promener, mais pour ça, on
n’a pas de remerciements. C’est pour ça qu’on voulait vendre.
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Je me lève, le matin, à 6h 30. Je me prépare, moi, puis je lève mes gosses et je les
prépare à leur tout pour aller à l’école : ils mangent, ils prennent leur petit déjeuner, ils s’habillent et après je m’occupe du bébé et je dépose les enfant, 8h 20 à l’école. Ensuite, je
prends le bus avec le bébé, j’arrive ici et je commence ma journée de travail, jusqu’à 18h.