Samedi 4 octobre 2008

J’entends, chaque fois, dire que la placette est abandonnée, mais je n’ai toujours pas compris de quelle façon. Depuis que je suis là - ça fait presque depuis 90 que j’habite et que je travaille dans le même quartier, à Delacroix - il y a eu un énorme changement, avec des travaux. En 92 il y avait au plus deux magasins qui étaient ouverts. Le sol était dangereux et glissant. Là, maintenant, tous les magasins sont ouverts et travaillent et il y a des clients qui viennent de partout. Je ne sais pas pourquoi on dit que c’est abandonné. Certains parlent de leurs enfants parce qu’ils n’ont pas d’endroit où jouer. Le problème, c’est que le premier arrondissement et surtout une placette pareille, à ma connaissance, ce n’est pas pour faire habiter les gens qui ont des enfants. Si vous voyez l’état de certains appartements… c’est inhabitable. Même gratuitement. Il y a des immeubles qui n’ont pas d’eau, ni de porte d’entrée, ni fenêtre, ni de porte de sortie… Rien ne répond aux critères. C’est un marché et pas un lieu d’habitation et je ne vois pas comment créer un espace pour que les enfants jouent au milieu des magasins.

 

Le problème de la place Halles Delacroix, il faut l’élargir et regarder partout. Est-ce que c’est vraiment impossible, pour la Mairie, de recevoir les gens qui ont des enfants ou qui sont en nécessité dans des HLM ? Moi j’ai habité l’immeuble, en face, le rose. Quand j’ai vu que ça ne convenait pas à mes enfants, j’ai déménagé. Quand ils étaient bébés, ça allait : trois mois, quatre mois, un an, ils ne bougent pas. Mais après, ils ont besoin de sortir. Alors je suis tout à fait d’accord pour un projet concernant les enfants. Mais du moment où on s’occupe d’eux, où on fait un projet pour eux, pourquoi on ne dit pas, plutôt : « Combien de familles sont là ? On va leur distribuer des HLM, des appartements, on va aménager un endroit fait pour eux », et ils vont être plus à l’aise qu’ici. Moi, ça fait 20 ans que je suis rentré en France et je n’ai pas réussi à avoir un HLM. Le dossier, jusqu’à maintenant, je le renouvelle chaque année, mais je n’ai rien eu. Alors ce que je cherche à comprendre, c’est pourquoi il y a cet obstacle pour atteindre les HLM ? Pourquoi ils sont inaccessibles ?

 

Je répète que j’ai habité là, sur la place, et que je ne pense pas que des enfants soient bien éduqués au milieu du marché. Soit on fait une cité, soit on fait un marché, mais il ne faut pas créer une cité au milieu du marché, où il y a les cris, les camions qui partent et qui reviennent, les déchargements et les chargements. Il faut voir la placette. Il faut y rester la journée pour voir, écouter le matin, le soir, en milieu de journée, ou même à 5 heures du matin avec les balayeuses et leur jet d’eau. Je ne vois pas comment incruster des enfants au milieu de tout ça. Je ne suis pas contre les enfants qui jouent ici, ce n’est pas que je ne veux pas d’eux, mais si on fait un projet pour eux alors c’est le marché qu’il faut enlever. Moi ça m’est égal, au pire des cas je vais vendre des glaces et des bonbons, et je gagnerai à ne plus avoir d’étalage.

Par Transverscité - Publié dans : Les gens y voient...
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Jeudi 24 juillet 2008

Cette place est devenue une place pas comme les autres : depuis 4-5 ans, il n’y a plus de place pour les enfants ; il n’y a plus de loisirs ; il y a trop de voitures ; il y a trop de poubelles et c’est devenu très, très sale. Le soir, avant, on entendait les enfants jouer, crier, s’amuser, alors qu’aujourd’hui les voitures rentrent vite et sortent vite, sans respecter les piétons. Il n’y a plus rien, plus rien à faire. Et il n’y a plus d’enfants.

 

Des flics viennent parfois mettre des PV pour l’Etat, pour rentrer de l’argent, à cause des voitures. Mais aux alentours ils ne regardent plus si c’est propre, si d’autres trucs ne vont pas. Quand on sait que cette placette doit être fermée, que c’est interdit de se garer et qu’il y a une quinzaine de voitures qui sont dedans, jusqu’au soir, je ne comprends pas. Ça crée une atmosphère tendue et parfois des bagarres entre les gens qui viennent se garer… C’est utilisé comme un parking mais ce n’est pas un parking. C’est une placette pour les gens. Pour venir manger, s’installer avec la famille, avec les copines, pour passer tranquillement le temps, pour que les enfants puissent faire du vélo, ou s’amuser ou courir librement sans avoir peur d’avoir une voiture derrière eux.

 

Pour nous, la placette est très importante et beaucoup de gens y tiennent. Ici on se sent bien, comme à la maison. C’est là qu’on se retrouve, qu’on s’amuse, c’est là que nos parents passent, c’est là qu’il y a le marché… On est habitué. Moi j’ai pratiquement grandi ici et j’ai vu grandir plein de petits qui ne sont plus là parce qu’aujourd’hui ça ne va plus. Il n’y a plus le plaisir qu’il y avait avant. Il n’y a plus de sécurité. On pense que l’Etat fait exprès de laisser ces choses arriver, justement parce qu’on est entre nous. Peut-être qu’ils se disent « ils veulent vivre comme ça ». Ils ne veulent pas venir mettre leur nez ici et voir ce qui se passe mais ils attendent que ça se passe. Ils n’ont pas envie que ça change, à mon avis. Ça ne les intéresse pas. On ne les intéresse pas.

 

Cette placette est en train de finir. C’est la fin de nos rêves d’avant. Plus ça va et plus ça part. Mais on aimerait que ça reste parce que ça fait partie de nous. Il faudrait essayer de réfléchir : comment remettre de l’ordre ? Comment faire la propreté ? Il faudrait fermer avec des barrières ; faire une vraie placette, pour et avec les commerçants et les enfants ; faire un règlement avec un gardien ou quelqu’un qui soit là pour faire respecter cette loi, pour faire peur et interdire aux gens de se garer, et que ça dure un temps.

Par Marie Sengel/Transverscité - Publié dans : Les gens y voient...
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Jeudi 24 juillet 2008

 La place Halles Delacroix c’est un marché où on ne peut pas rester longtemps. J’aime bien y aller pour faire mes courses mais pas pour aller boire un café. Ce n’est pas un endroit pour me reposer. Pour ça, je préfère d’autre lieu : le Cours Julien par exemple. Mais pour moi, le plus beau lieu, c’est le Palais Longchamp : un joli ruisseau, avec un joli bassin, une jolie cascade et autour des petits arbres avec une pelouse verte et de l’eau claire qui fait un joli bruit, des oiseaux, des arbres plein de feuilles de toutes couleurs. Il y a des feuilles rouges, vertes ou jaunes et ça me plaît beaucoup. C’est l’endroit que j’aime le plus. Il est resté dans ma tête et j’y amène les enfants. On s’éclate. Alors que la Place Halles Delacroix, j’y vais de temps en temps mais toute seule. Il y a des gens qui se bousculent, qui se disputent ou qui crient. Les enfants ont peur et après ils peuvent garder ça et je ne veux pas. Cette place, ce marché, ce n’est pas un lieu pour se reposer avec les enfants, c’est juste une place pour faire des courses.

 

Ou alors il faudrait mettre des arbres, faire des barreaux pour qu’on puisse ramener les enfants en sécurité. Un petit parc avec des jeux, si c’est possible. Un petit toboggan, si c’est possible bien sûr. Une petite fontaine parce que je trouve que c’est joli. Si c’est possible, une petite pelouse. Si c’est possible bien sûr. Alors peut-être que comme ça on peut y aller. Et puis je n’ai pas voulu le dire, mais se serait mieux de faire un petit peu propre. C’est toujours encombré avec les containers, les poubelles. Je pense que pour les enfants ce n’est pas très agréable. À mon avis, ce n’est pas joli.

Par Marie Sengel/ Transverscité - Publié dans : Les gens en rêvent...
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Jeudi 24 juillet 2008

 

Ça fait dix ans que j’habite à Marseille mais je n’ai jamais eu envie de m’arrêter sur la place Halles Delacroix. J’y passe pour acheter des légumes aux marchands exotiques mais ça ne fait pas partie de mon paysage quotidien de promenade. Ce que j’aime, ce sont les endroits qui peuvent être gratuits, où il n’y a pas forcément de commerces, où il n’y a pas forcément de cafés. Juste des endroits où on puisse s’asseoir.

 

Ce qui me choque à Marseille c’est que rien n’est fait pour les habitants. C’est comme s’ils n’étaient intéressants que parce qu’ils sont consommateurs ou futurs consommateurs et non pas parce qu’ils sont, simplement, habitants et citoyens d’une ville. C’est incroyable cette ville avec aussi peu d’espace vert. C’est une ville que j’aime beaucoup habiter mais qui en même temps m’agace prodigieusement parce que je ne supporte pas ce que les politiciens en font. On se demande à qui s’adressent les projets d’aménagement urbain.

 

Moi je voudrai un endroit où il y ait juste une fontaine, quelques bancs, des arbres et c’est tout. Un endroit d’échange mais pas forcément marchand. Un endroit où on ait le droit, où on puisse respirer, écouter les oiseaux. Qu’il n’y ait rien. Un endroit pour tout le monde. Il y a une place comme ça à Nantes où il n’y a aucun commerçant. Il y a juste une place, des arbres, des bancs, de la terre. Il n’y a même pas de bitume. Et du coup, il y a des vieux qui se rejoignaient là, des enfants, des clochards aussi. Mais c’était bon enfant.

Un terre-plein avec des arbres pour circonscrire l’espace et une dizaine de bancs, une rue tout autour et des maisons, c’est enfin un lieu dans la ville où il n’y a pas de sollicitations. Un endroit pour les habitants…

Par Marie Sengel/Transverscité - Publié dans : Les gens y voient...
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Jeudi 24 juillet 2008



Mohamed : J’habite à côté et je viens souvent sur cette place, spécialement, pour prendre un café, méditer et regarder ce qui se passe autour de moi. Je vois du monde qui passe, de toute nation et j’apprends sans vouloir apprendre. C’est important pour moi la pause café, c’est un divertissement. Des fois on vient me parler, il m’arrive de rigoler, certainement, mais la plupart du temps je suis tout seul. Ce n’est pas quelque chose de triste.

 

Jean : Je viens souvent ici parce que c’est notre quartier, c’est la place publique, c’est ici qu’on habite. On se connaît tous plus ou moins. Pour moi c’est important de venir souvent parce que ça me permet de côtoyer mon voisinage, de rencontrer, de partager, d’échanger, d’être respectueux, de toujours être à disposition pour apporter une éventuelle aide, par exemple aider une vieille dame en ramenant ses courses à la maison. Ou ne serait-ce que donner un sourire à quelqu’un ou de passer le « salam aleikum »… Sur cette place publique je me sens bien parce qu’il y a énormément de personnes qui sont un peu dans le même système de pensée que moi. (…).

 

Mohamed : Sur cette place ; je vois des enfants parfois la nuit ; je vois que c’est un peu sale ; je vois qu’il y a pas mal de choses à refaire, dans le quartier et même dans la ville. Je connais des personnes qui essayent d’améliorer, mais ce ne sont pas des gens spécialisés. Il y a surtout des parents qui ne transmettent pas les bonnes choses. Ils oublient un peu, ils sont tellement entassés dans leur vie quotidienne, ils ont tellement de problèmes… Alors les enfants ne sont pas bien épanouis et pour améliorer, il faudrait un travail social et des animations structurées…

 

Jean : Ici il y a des côtés positifs et négatifs comme partout. Peut-être que ça manque de propreté. Les gens habitent parfois des logements vétustes qui pourraient être mieux réhabilités mais ce quartier est animé : il y a le marché, il y a de tout et tout le monde vient faire ses courses. Il y a des enfants qui courent, il y a des gens qui sont là, qui parlent. Mais il faut davantage de cohésion sociale, par exemple des repas de quartier, parce qu’au lieu de descendre dans la rue pour échanger, les gens restent devant leur téléviseur qui déverse un océan de bêtises. Je pense que des propositions type animation ou centre social ne changeraient rien. Ce qu’il faudrait changer, c’est le programme de fond, ne serait-ce que le programme éducatif à l’école (…). Aujourd’hui on parle profit, capital, se faire plus de sous. T’as réussi si t’as une belle voiture, si t’as une belle femme. Mais ceux qu’on croit malheureux, le jour où ils mourront, seront récompensés.

 

Mohamed : Le problème social existe dans le monde entier mais pour limiter les dégâts, il faut un centre social et les choses s’amélioreront petit à petit. Il faut aussi que chaque parent donne une bonne éducation, une éducation modérée, à leurs enfants. Il faut leur apprendre à aimer la beauté des choses.

Par Marie Sengel/Transverscité - Publié dans : Les gens y voient...
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