Vendredi 31 octobre 2008

 

S’asseoir à une terrasse de café, prendre son temps, c’est agréable et ça peut être important. C’est donc important qu’il y ait des terrasses sur la Placette, mais il n’en faut pas trop. Une ou deux, pour s’installer, regarder le marché, mais il ne faut pas que ça prenne toute la place. Il faut qu’on puisse aussi venir sans avoir à payer. Moi, il y a des fois où j’aimerais bien venir sur la placette avec mon thermos, trouver un banc pour partager mon thé ou mon café avec mon voisin ou mon ami, tout en sentant l’odeur des fruits et légumes, et en étant vraiment dans le marché.

 

Il ne faut pas de terrasse tout le long de la place, pour ne pas que ça devienne un spectacle. Parce qu’alors, ça gêne un peu. Il ne faut pas que les restaurants deviennent une tribune pour regarder. Il faut mieux donner aux gens l’occasion de se mélanger : le client, le commerçant, celui qui vient observer et regarder. Sinon, toi tu vas choisir cette terrasse, moi cette terrasse mais on ne va même pas se jeter un coup d’œil, on sera l’un à côté de l’autre mais aussi l’un en face de l’autre sans jamais entrer en contact.

 

Il y a aussi plein de gens qui n’ont pas les moyens de payer la terrasse, ou qui ont envie de passer, de sentir un peu, mais sans forcément s’installer longtemps. Alors, s’il y a des bancs à côté des terrasses, tu peux venir sans rien, ou avec le sandwich que tu as fais chez toi ou que tu as acheté pas cher rue d’Aubagne. Et tu peux venir et t’asseoir n’importe quand dans la journée, et repartir dès que tu veux. Moi alors je peux venir à 10 heures, à midi, à 8 heures du soir pour m’arrêter là et regarder. Mais peut-être que - pour éviter l’impression de tribune, pour enlever le poids du regard - ces bancs ne devraient pas être directement face à face avec le marché et les terrasses. Peut-être qu’ils devraient avoir une autre direction, pour casser la ligne.

 

Cette placette, c’est un endroit qui m’a frappé, et les endroits qui me frappent comme ça, j’aime bien y revenir souvent… Il y a des endroits comme ça que je peux toujours me rappeler, qui me marquent. Or, justement, j’habite et je travaille à côté de la placette, et mon travail fait que je me déplace sans arrêt… alors j’y passe. Cette place, elle est unique. C’est un parfum. C’est une odeur mais aussi un mouvement, celui des gens qui bougent – l’ouvrier, le client – et c’est le mouvement des fruits et légumes qu’on dispose, qu’on choisit et qu’on emporte. Regarder ça, ce mélange, ça fait oublier le chômage !

Par Marie Sengel/Transverscité
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Mardi 28 octobre 2008

15h
Au snack : des hommes, majoritairement.
Trois jeunes femmes assises à une table.
Deux jeunes femmes avec un enfant en bas âge.
Beaucoup de voitures stationnées : encombrement.
Visuel réduit : la place y perd en charme, énormément.
Passages réguliers de femmes qui passent sur la place sans s’arrêter. Femmes de tous âges.
Livraisons : régulièrement.
Bruits : bizarrement plutôt légers.
Place « calme ». On peut s’y arrêter tranquillement.

15h30
Plus de passages : courses des femmes et des hommes
Passages de petits groupes d’hommes
Passage de femmes en « couple ».

C’est un lieu de passage. Personne ne s’arrête, sauf les voitures stationnées.
C’est un lieu calme dans la ville.
De 15h à 16h, au snack : personne de nouveau n’a fait une pause café. Les personnes présentes depuis le début de l’observation sont les mêmes.
On peut s’arrêter et être tranquille au café en tant que femme, mais les femmes qui passent sont soit en famille, soit entre copines : JAMAIS SEULES

Réalisé avec l'association Destination Familles sur le thème : femmes et espaces publics à Noailles
Par Marie Sengel/ Transverscité - Publié dans : petite ethnographie
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Mardi 7 octobre 2008


 

En habitant ici, on a l’impression d’être au cœur de la ville et de ses changements. On a l’impression de participer au renouveau de Marseille, et on a envie que Marseille se réveille un peu, qu’elle se fasse plus belle. C’est un peu triste de la voir se dégrader alors qu’elle était si belle, il paraît. On achète des revues, la revue culturelle de Marseille, on regarde les cartes postales... Ce sont des histoires qu’on ne connaît pas. Pour nous, ce quartier est un jeu d’énigme. On est en recherche : Pourquoi ce quartier ? Comment il fonctionne ? Quels sont ses us et coutumes. Qu’est-ce qu’il a été ? Comment il s’est dégradé… Le boucher nous raconte le Noailles d’il y a 20 ans, le commerçant d’en bas tient des propos racistes par rapport à la population qui s’est installée massivement dans le quartier depuis 10-15 ans… On essaye de comprendre, de savoir. Finalement, il y a beaucoup de gens qui se sentent concernés et qui sont ici parce que ça les touche. C’est un quartier de passionnés, on peut en parler pendant des heures, et pourtant c’est finalement un très petit quartier, confiné entre trois grandes rues. Architecturalement c’est préservé, il y a une unité assez importante, avec des commerces qui font institution, comme l’Empereur ou le type qui vend les œufs et le lait cru. Ce qui est magique c’est ce mélange de communautés, de cultures, de populations de la terre entière et qui se retrouvent voisines. Sur la place il y a quand même une boucherie avec l’étoile de David, il y a Slimani qui est Hallal, il y a le marché chinois, il y a « l’île de la Réunion »… Mais on n’a pas pour autant le sentiment que Noailles peut parler d’une voix. On n’a pas le sentiment que tout le monde pourrait se retrouver derrière un leader qui pourrait représenter Noailles. C’est complètement divisé. Les gens vivent les uns à côté des autres mais est-ce qu’ils forment un tout ?

 

Nous on apprécie cette animation, cette cohabitation, mais comment la concilier avec une rénovation urbaine ? La logique est difficile, parce qu’on déplore la saleté, l’insalubrité des immeubles, on a envie de voir ce quartier plus beau, et plus sain, tout simplement, mais en même temps, tout ça réclame de l’investissement et le risque est que certaines populations ne parviennent plus à accéder à ces appartements. Ce quartier est vraiment agréable à cause de cette vie, de cette agitation, mais parfois la saleté prend le dessus. Il faudrait vraiment un programme d’éducation, parce que c’est impressionnant la façon que les gens ont de jeter, la façon dont l’espace urbain n’est pas respecté... Et ça c’est difficile. C’est devenu très difficile à vivre. La saleté, moi, j’en ai ras le bol. L’odeur. Les odeurs de pourriture quand on passe dans la rue…

 

Les choses ont changé depuis qu’on s’est installés il y a trois ans. Notre enfant est né, on attend notre deuxième bébé et on se projette davantage, notamment par rapport à l’école. On ne voit plus les choses de la même manière. On a envie d’un peu plus de calme. Vivre sans enfants, ici, c’était très bien. Mais je ne suis pas sûr d’avoir envie de les voir grandir ici. C’est un quartier assez dur. L’agressivité est un peu pesante. En tant qu’adulte on gère mais l’enfant ? Et il y a surtout cette saleté. Voir marcher mon fils dans la rue, à côté des détritus, avec ces odeurs, ça m’insupporte. De plus en plus. Par-ce qu’il commence à marcher, parce qu’il ne veut plus trop qu’on lui donne la main, par ce qu’il grandit et qu’il veut davantage aller où il veut, qu’il met les mains par terre pour descendre les trottoirs… Et c’est vraiment sale. Alors c’est possible qu’on quitte le quartier. Pas à cause simplement des voitures et de la saleté mais parce que c’est difficile de ne pas voir d’évolution positive aux problèmes du quartier.

 

 

Par Marie Sengel/Transverscité - Publié dans : Les gens y voient...
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Mardi 7 octobre 2008

On s’est installé, il y a trois ans, dans cet appartement au coin de la place Halles Delacroix. On voulait acheter quelque chose de correct, avoir un peu de volume pour un prix raisonnable. Donc le centre-ville, ça allait bien, et, étant en centre-ville, le plus accessible, le plus intéressant, c’était Noailles puisqu’on voulait de l’ancien. On cherchait quelque chose de type Haussmannien, dans un état pas trop mal mais à rénover, en se disant que, d’ici quelques années, la valeur sera un peu plus forte, parce qu’on croit dans ce quartier. On croit dans cette espèce de ventre commerçant, ce lieu de vie qu’on aime beaucoup. Mais, après, trois ans… on se dit que « oui », c’est sympa mais, à vivre de l’intérieur, il y a plein de problèmes, plein de petits soucis et des choses qui bouffent l’existence.

 

Par exemple cette place Delacroix pose un problème : les gens viennent à Noailles pour se garer sur la placette et il y a une espèce d’embouteillage qui se crée, des gens qui s’insultent, qui gueulent, qui klaxonnent, des files de voitures interminables qui nous pourrissent la vie. On a un double vitrage mais si on ouvre la journée – ça devrait être agréable quand il fait beau – c’est infernal. Il y a les camions qui rentrent livrer la marchandise, puis quand ils essayent de sortir, les voitures sont garées à droite et à gauche et ils ne peuvent plus passer, puisque ces gros véhicules doivent faire une manœuvre pour passer l’angle et si une voiture est dans le coin, ils ne peuvent plus sortir alors ils klaxonnent, jusqu’à ce que le type de la voiture arrive. Et ça peut prendre du temps.

 

Les mecs de la placette, ils bossent, ils bossent vraiment, et je comprends leur commerce. Noailles, c’est quand même le seul marché permanent du centre-ville. Mais il faut trouver d’autres moyens pour le faire fonctionner. On a vraiment l’impression de ne pas avoir le même traitement que d’autres quartiers, par exemple pour le nettoyage, pour le traitement des déchets, comme si Noailles était un quartier seconde zone : « Ce n’est pas grave, ça leur suffit déjà, c’est déjà bien qu’on passe dans le quartier ». On imagine qu’ils se disent des choses comme ça, alors qu’une zone de marché comme Noailles demanderait une prestation exceptionnelle. Il y a vraiment du passage, il y a énormément de marchandises qui sont vendues, qui sont déchargées. Donc cette activité entraîne beaucoup de déchets mais elle amène aussi du monde, des gens et c’est important pour la ville et pour le quartier.

 

Culturellement, j’ai vraiment le sentiment que Noailles est un espace de commerce. Pourquoi changer de direction ? Autant aller jusqu’au bout, être commerçant jusqu’au bout, mais avec une Halle, quelque chose de bien, et enlever les voitures. Ce qu’on voudrait, c’est que la place soit interdite aux voitures sauf pour les livraisons, qu’on ne puisse pas s’y garer. Ce n’est pas un parking. Ça pourrait être magnifique. Il pourrait y avoir des bars. Il pourrait y avoir une activité, même nocturne, un marché couvert comme ça a été le cas, quelque chose de plus aménagé pour les commerçants. Les commerçants disent « si tu fermes l’entrée, tu nous enlèves les clients ». Plus il y a des voitures qui se garent, plus ils sont contents. Pourtant on est persuadé que ce n’est pas les gens qui se garent qui font le chiffre d’affaire, et que si on aménage une zone de marché propre, jolie et piétonne, ça attirera au contraire beaucoup plus de monde.

 

Du coup, ça n’en fait toujours pas une place pour les enfants, mais imaginer des jeux pour enfants, à Noailles, en particulier sur la placette, c’est difficile. L’idéal, ce serait de refaire complètement le Cours Julien, que ça ressemble à quelque chose. C’est plutôt là qu’il y a de la place. Il faudrait remettre de la verdure, refaire tout le revêtement, repenser les espaces de jeux des enfants, assainir les bassins et faire réellement un bel espace vert pour les enfants.

Par Marie Sengel/ Transverscité - Publié dans : Les gens y voient...
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Dimanche 5 octobre 2008


 

Sur la placette, il faut vraiment penser à un passage pour les voitures qui font la livraison des commerçants car c’est grâce à eux qu’on va garder cet espace un peu vivant, une bonne partie de la journée. Mais il ne faut pas que le commerce soit exagéré. Il faut aussi un peu penser à réglementer la catégorie des commerces, pour qu’il y ait un peu de tout. Avant, il y avait un vendeur d’olive, des marchandes de poisson. Il faudrait retrouver la variété de proposition d’un véritable marché, comme ça, ce serait le marché le matin qui pourrait laisser un peu de place pour les enfants l’après-midi. Mais s’il y a une aire pour enfants, je ne crois pas que ce soit nécessaire qu’elle soit installée au milieu. On leur laisse une petite place mais on les laisse aussi inventer leurs jeux, ou venir avec leurs jouets. Il suffit d’avoir quelques bancs, quand même, pour que les mamans surveillent leurs enfants. Mais rien qui soit précisément pour eux, de façon à ce qu’ils ne soient pas mélangés dans la journée aux adultes, parce que, quand même, il y a beaucoup de monde qui passe et ça pose des problèmes de protection.

 

Les bancs, je les mettrais un peu en parallèle aux façades des marchands de légumes. Ou alors on pourrait mettre des bancs double : regardant les marchands de légumes mais aussi les snacks. En béton, pour empêcher les voitures de passer. Avec une fontaine, au milieu, pour empêcher les voitures de passer. Parce que même si on met une estrade, même d’un mètre de hauteur, ce ne sera pas un obstacle suffisant aux voitures. Or, c’est vraiment ce qui gêne, les voitures, sur cette placette. Mais la fontaine ce n’est pas vraiment sécurisant si elle est au milieu, ou si elle est au niveau du sol. Il y aurait de l’eau, il y aura des glissades, ce n’est pas très intéressant, ou alors plutôt une petite fontaine à l’ancienne qui ne prenne pas toute la place, parce qu’il y a beaucoup de monde qui passe. Le jardin potager, on le garde pour la prochaine fois, ou alors on garde l’idée pour la placette en haut de la rue de l’Arc, sur la placette d’Homère.

 

 

Moi je passe souvent sur la placette, tous les jours, plusieurs fois. Ce sont des moments agréables que je prends en discutant avec le marchand de légumes, le client qui passe, ou alors je prends un petit café à une terrasse de snack. Mais tout seul. Je ne viens pas avec mes enfants. Pour le moment, ils ne peuvent pas m’y accompagner en pleine journée. Parce qu’avec des enfants, tu n’es pas à l’aise. Si tu les lâches, tu les perds et tu as peur des voitures, si tu les retiens, tu ne peux pas passer parce qu’il y a plein de monde. Elle est encombrée cette place et je trouve que, pour le moment, elle est abandonnée. Ce n’est pas bon pour les commerçants, ni pour les habitants ni pour les clients qui viennent acheter. On est tous gênés, à cause des voitures qui rentrent, d’autres qui se garent pour la journée, d’autres qui se garent où ils veulent. Il y a beaucoup de disputes à cause des voitures garées. Ce n’est pas une placette, pour le moment, où se promener avec les enfants. Il faudrait aussi une salle de sport dans le quartier. Ce serait une bonne idée, pour que les enfants puissent s’entraîner, faire leur sport favori dans une salle sécurisée plutôt que de faire n’importe quoi dans la rue, entre les voitures. Ce serait possible de l’installer même en étage, en réunissant trois appartements en une grande salle qui permettrait de recevoir une vingtaine de jeunes. Ce type d’activité manque vraiment dans le quartier. Avant, à Noailles, il y avait un bar avec un billard mais il a fermé. C’est devenu une boulangerie en plus. Je le regrette. Moi, j’allais regarder, je ne jouais pas mais j’aimais bien regarder les autres et au moins je rigolais un peu. C’était plus amical qu’un café et ça rassemblait les gens.

Par Marie Sengel/ Transverscité
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