S’asseoir à une terrasse de café, prendre son temps, c’est agréable et ça peut être important. C’est donc important qu’il y ait des terrasses sur la Placette, mais il n’en faut pas trop. Une ou deux, pour s’installer, regarder le marché, mais il ne faut pas que ça prenne toute la place. Il faut qu’on puisse aussi venir sans avoir à payer. Moi, il y a des fois où j’aimerais bien venir sur la placette avec mon thermos, trouver un banc pour partager mon thé ou mon café avec mon voisin ou mon ami, tout en sentant l’odeur des fruits et légumes, et en étant vraiment dans le marché.
Il ne faut pas de terrasse tout le long de la place, pour ne pas que ça devienne un spectacle. Parce qu’alors, ça gêne un peu. Il ne faut pas que les restaurants deviennent une tribune pour regarder. Il faut mieux donner aux gens l’occasion de se mélanger : le client, le commerçant, celui qui vient observer et regarder. Sinon, toi tu vas choisir cette terrasse, moi cette terrasse mais on ne va même pas se jeter un coup d’œil, on sera l’un à côté de l’autre mais aussi l’un en face de l’autre sans jamais entrer en contact.
Il y a aussi plein de gens qui n’ont pas les moyens de payer la terrasse, ou qui ont envie de passer, de sentir un peu, mais sans forcément s’installer longtemps. Alors, s’il y a des bancs à côté des terrasses, tu peux venir sans rien, ou avec le sandwich que tu as fais chez toi ou que tu as acheté pas cher rue d’Aubagne. Et tu peux venir et t’asseoir n’importe quand dans la journée, et repartir dès que tu veux. Moi alors je peux venir à 10 heures, à midi, à 8 heures du soir pour m’arrêter là et regarder. Mais peut-être que - pour éviter l’impression de tribune, pour enlever le poids du regard - ces bancs ne devraient pas être directement face à face avec le marché et les terrasses. Peut-être qu’ils devraient avoir une autre direction, pour casser la ligne.
Cette placette, c’est un endroit qui m’a frappé, et les endroits qui me frappent comme ça, j’aime bien y revenir souvent… Il y a des endroits comme ça que je peux toujours me rappeler, qui me marquent. Or, justement, j’habite et je travaille à côté de la placette, et mon travail fait que je me déplace sans arrêt… alors j’y passe. Cette place, elle est unique. C’est un parfum. C’est une odeur mais aussi un mouvement, celui des gens qui bougent – l’ouvrier, le client – et c’est le mouvement des fruits et légumes qu’on dispose, qu’on choisit et qu’on emporte. Regarder ça, ce mélange, ça fait oublier le chômage !